Lecture - La Fabrique Du Crétin (09)
La vraie raison [de la violence des jeunes], c'est l'absence nouvelle de rite de passage.
Le service militaire en était un, quoi qu'on en pense — à juste titre. Le jeune homme était arraché au cocon, confronté massivement à la bêtise et aux vexations — entraîné vers l'âge adulte.
Mais avant le service, le grand rite fut, durant un bon siècle, le Bac, et, à l'étage inférieur, le brevet ou le certificat d'études. C'était en tout cas la reconnaissance d'un apprentissage et d'un savoir acquis pleinement par ses seules aptitudes et son désir de sortir de sa condition.
Il n'est pas de rite de passage qui ne soit douloureux — c'est même sa fonction première. Sortir de l'enfance, c'est toujours un arrachement. Un examen qui donne aux chères têtes blondes le droit d'entrer dans le monde adulte ne peut pas être une formalité. Il ne peut pas s'obtenir sur un contrôle continu, dont on sait qu'il se fera non à la tête du client, mais en fonction de l'établissement, des pressions des uns et des autres, des desiderata croisés de l'administration et des parents.