Lecture - La Fabrique Du Crétin (04)
[Le] déploiement fébrile d’activités tue le désir d’apprendre – il a même été inventé à cette intention. Il n’est plus question de laisser place au silence, à la pause, à la réflexion. Ni même de relier entre elles toutes ces agitations brouillonnes.
Institutionnalisant le coq-à-l’âne au nom de la transversalité disciplinaire, le pédago a réussi son coup : l’essentiel, c’est que l’apprenant soit occupé. Occupé à quoi ? Vous sortez de la question.
[…]
L’administration s’aperçut, il y a peu, que
Et l'on s'aperçut qu'il y avait en Bretagne nombre d'enseignants proches de la retraite, qui étaient venus là, après des pérégrinations diverses, pour y passer leurs dernières années d'activité. Que lesdits trublions, qui n'avaient rien à craindre des foudres de l'inspection, a fortiori de leurs chefs d'établissement, faisaient en cours exactement ce qu'ils voulaient. Ou plutôt, ce qu'ils savaient faire : ils enseignaient à l'ancienne, donnaient des leçons et des devoirs, préconisaient le savoir, et pensaient, sottement, que l'on est en classe pour étudier, pas pour tailler une bavette.
Que croyez-vous qu'il arriva? La haute administration, outrée de tant d'audace, insista pour que l'on forme ces réfractaires à la sortie pédagogique, aux travaux dirigés, aux recherches sur ordinateur, aux devoirs dirigés en classe—puisque les devoirs à la maison sont interdits depuis belle lurette —, afin de ramener le niveau, et les résultats, à un étiage normal — national.
Bref, on décida de crétiniser le Breton, comme on avait crétinisé le Basque ou le Provençal.