Lecture - La Fabrique Du Crétin (02)

Publié le par Brighelli

L’enseignant n’est pas une assistante sociale, même s’il doit être attentif à ces petits riens qui trahissent de vrais désarrois. Les demandes des élèves sont réelles, et permanentes, mais doivent être entendues de façon à ramener sans cesse l’enfant vers sa tâche première : apprendre. Nous enseignons, nous n’éduquons pas – ou fort peu.

« Être à l’écoute des élèves » est l’une des fumisteries à la mode imposées aux profs pour justifier le fait que les élèves, eux, n’écoutent plus. Le système, c’est le savoir. Et la transmission du savoir est verticale, de professeur à élève. Que l’enseignant soit attentif au « feed-back », fort bien. Qu’il laisse polluer cette communication savante qu’est la transmission du savoir par des considérations sentimentales est une aberration. Il n’est pas un substitut de père ou de mère. Il ne peut pas l’être.

De nombreux élèves, à la fin d’un cours, cernent le professeur pour lui extorquer, sous couleur d’une question sur l’exercice en cours, l’aumône d’une relation personnalisée. Il est parfois difficile de s’esquiver, mais il faut sans cesse ramener la discussion sur le plan scolaire. Sinon, pourquoi privilégier celui-ci, et pas celui-là ? L’élève n’est une personne que dans la mesure où il est un élève. C’est tout, et c’est déjà beaucoup.

[...]

Alors, autant régler tout de suite une question simple dont on a voulu faire un problème : l’élève n’est pas en classe pour « s’exprimer ». Il est là pour écouter, apprendre et prendre des notes.

D’autant qu’il arrive à l’école chargé jusqu’aux oreilles du « bruit » extérieur, cette confusion de messages tombant de la télévision, de la rumeur, ou d’Internet. Ce qu’il désire, au fond, ce n’est pas continuer ce brouillage sonore ; c’est obtenir, enfin, des informations différentes, sérieuses, et qui se tiennent.

            Il est prêt, pour cela, à faire silence. On doit d’ailleurs le lui demander – et non solliciter son avis, pratique parfaitement stérile.

            Pythagore exigeait cinq ans de silence de ses nouveaux disciples. Un professeur est bien en droit de demander neuf mois d’attention.

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