Lecture - La Fabrique Du Crétin (01)

Publié le par Brighelli

Le rêve de l'industriel, c'est l'ilote, l'esclave sans conscience des sociétés modernes. La société oeuvre à le peaufiner.

Le néo-libéralisme a rétabli la misère; il était logique que parallèlement il réhabilitât l'ignorance.

Mais une ignorance diplômée. Jamais les résultats au Bac n'ont été aussi brillants. 80% d'une classe d'âge ! Jamais le nombre de formations Bac+2 ou 3 n'a été aussi élevé...

Pour quel profit ? Les plus âgés savent bien qu'un Bac des années 2000 n'est qu'un lointain cousin dégénéré du Bac des années 60, quand 15% d'une classe d'âge atteignait ce niveau. Les diplômes ne sanctionnent plus, comme autrefois, une compétence. Ils délimitent, au mieux, une tranche d'âge. Même si les élèves de terminale fêtent encore leur Bac, ils constatent, tout étonnés d'avoir réussi un examen si réputé en ayant si peu travaillé, qu'il ne s'agit plus d'un rite de passage, mais d'une invitation à aller se faire voir ailleurs - en université, par exemple. Le tri qui se faisait autrefois en cinquième, en troisième, on charge désormais les formations supérieures de l'effectuer. En douceur, si possible. Autant laisser les étudiants vivre encore dans l'illusion qu'ils ont appris quelque chose. Qu'ils sont quelque chose.

On forme ainsi des générations de frustrés qui revendiqueront leur formation "Bac+3", tout en se voyant proposer des emplois très subalternes. Un employé de banque, recruté il y a quinze ans au niveau Bac, l'est aujourd'hui au niveau licence. Non que la banque ait besoin de compétences nouvelles, mais parce qu'une licence d'aujourd'hui vaut exactement un Bac d'il y a quinze ans.

Les écoles normales d'instituteurs, dans les années 50 et 60, recrutaient fin troisième, ou au niveau Bac. Aujourd'hui les IUFM sélectionnent en licence, et donnent encore deux ans de formation à leurs heureux bénéficiaires. Un "professeur des écoles", recruté à Bac+3 ou 5, en sait-il davantage qu'un instituteur à l'ancienne ? Est-il plus capable d'apprendre à lire et à écrire à ses ouailles ? Forme-t-il des élèves plus compétents ?

Questions rhétoriques: chacun sait bien que les IUFM, depuis 1989, servent pour l'essentiel à faire désapprendre le peu de savoir accumulé dans les cursus précédents. Ces Instituts Universitaires de Formation des Maîtres "apprennent à apprendre" - rien. Les professeurs des écoles compétents ne doivent leur compétence qu'à leur valeur propre, et à l'art de la ruse, qui leur a permis de survivre en milieu hostile, parmi les didacticiens de toutes farines qui imposent leurs vues sur la pédagogie, en s'efforçant de faire croire qu'il s'agit d'une science, quand il s'agit d'un art.

Un IUFM, c'est l'abus du "privilège qu'ont les Pédants de gâter la raison", comme disait ce bon La Fontaine.

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