Lecture - Manuel d'Epictète (09)

Publié le par Epictète

XXV. Quelqu'un s'est trouvé honoré plus que toi dans un banquet, ou dans l'adresse d'un discours, ou par l'admission en un conseil? S'il s'agit là de biens, il te faut être joyeux parce qu'il les a obtenus; mais s'il s'agit de maux, ne sois pas affecté, toi, de ne pas les avoir obtenus; rappelle-toi que tu ne peux, si tu ne fais pas la même chose pour obtenir ce qui est hors de notre portée, prétendre à part égale. Comment en effet celui qui ne fait le siège d'aucune porte et celui qui l'assiège pourraient-ils obtenir une part égale? Celui qui ne fait jamais escorte et celui qui la fait ? Celui qui ne fait pas d'éloges et celui qui en fait? Ainsi tu seras injuste et insatiable si, sans abandonner le prix auquel ces choses-là se vendent, tu veux les recevoir en présent. Mais com­bien se vendent les laitues ? Une obole, peut­-être. Si donc, en abandonnant l'obole, on reçoit les laitues, mais si toi, qui n'as rien abandonné, tu n'as rien reçu, ne pense pas avoir moins que celui qui a reçu. De même en effet qu'il a des laitues, de même toi, tu as l'obole que tu n'as pas donnée. Or c'est le même cas ici aussi. Tu n'as pas été convié au banquet d'un personnage ? C'est qu'en effet tu n'as pas donné à l'hôte le prix auquel il vend son repas. Il le vend pour un éloge, il le vend pour une marque de prévenance. Donne donc la différence d'avec le prix de sa vente, si cela t'est utile. Mais si tu veux en même temps ne rien abandonner et recevoir quelque chose, tu es insatiable et stupide. Tu n'as donc rien à la place du repas ? Mais si : tu as de ne pas avoir prononcé l'éloge de celui que tu ne voulais pas louer, de ne pas avoir souffert de ses portiers.

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