Lectures - Cyrano 12

Publié le par Rostand

[La mort de Cyrano…]

 

CYRANO est secoué d'un grand frisson et se lève brusquement.

Pas là ! non ! pas dans ce fauteuil !

On veut s'élancer vers lui.

—  Ne me soutenez pas ! — Personne !

Il va s'adosser à l'arbre.

Rien que l'arbre !

Silence.

Elle vient. Je me sens déjà botté de marbre,

— Ganté de plomb !

Il se raidit.

Oh! mais!... puisqu'elle est en chemin,

Je l'attendrai debout,

II tire l'épée.

et l'épée à la main !

 

LE BRET

Cyrano !

 

ROXANE, défaillante.

Cyrano !

Tous reculent épouvantés.

 

CYRANO

Je crois qu'elle regarde...

Qu'elle ose regarder mon nez, cette Camarde

II lève son épée.

Que dites-vous?... C'est inutile?... Je le sais!

Mais on ne se bat pas dans l'espoir du succès !

Non ! non ! c'est bien plus beau lorsque c'est inutile !

—  Qu'est-ce que c'est que tous ceux-là ? — Vous êtes

[mille ?

Ah ! je vous reconnais, tous mes vieux ennemis !

Le Mensonge ?

Il frappe de son épée le vide.

Tiens, tiens ! — Ha ! ha ! les Compromis,

Les Préjugés, les Lâchetés!...

Il frappe.

Que je pactise ?

Jamais, jamais ! — Ah ! te voilà, toi, la Sottise !

—    Je sais bien qu'à la fin vous me mettrez à bas ;

N'importe : je me bats ! je me bats ! je me bats !

Il fait des  moulinets  immenses  et s'arrête haletant.

Oui, vous m'arrachez tout, le laurier et la rose !

Arrachez ! Il y a malgré vous quelque chose

Que j'emporte, et ce soir, quand j'entrerai chez Dieu,

Mon salut balaiera largement le seuil bleu,

Quelque chose que sans un pli, sans une tache,

J'emporte malgré vous,

II s'élance l'épée haute.

et c'est...

L'épée s'échappe de ses mains, il chancelle, tombe dans les bras de Le Bret et de Ragueneau.

 

ROXANE, se penchant sur lui et lui baisant le front.

C’est ?

 

CYRANO, rouvre les yeux, la reconnaît et dit en souriant.

Mon panache.

 

[FIN]

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