Poésie - Entrer dans une pièce

Publié le par Fulcrum


ENTRER DANS UNE PIECE

 

 

Je ne veux pas parler d’entrer dans ces pièces que l’on connaît par cœur. Ces pièces dans lesquelles on est fier de pouvoir se déplacer les yeux fermés…

Les yeux ouverts. C’est les yeux grand ouverts que l’on pénètre dans une nouvelle pièce. On scrute chaque relief, chaque couleur, chaque ombre. Les yeux ne cessent de balayer la pièce, aléatoirement, par saccades. Le regard erre sur cet océan de nouveaux détails et finit par s’y noyer.

Alors s’éveillent les autres sens. Le nez vient à la rescousse des yeux : on sonde l’humidité de la pièce, on jauge la quantité de poussière en suspension, on hume les parfums et on se laisse aller à imaginer l’histoire de la pièce. C’est une pièce de femme ? Elle a laissé son parfum. Le choix des couleurs, l’agencement des meubles, la fragrance délicate, tout porte Sa trace. Elle est dans les murs. Elle est dans l’air. C’est une pièce oubliée ? La poussière l’a envahi. Personne n’y vient plus. Et pourtant, cet espace aussi a eu son histoire. C’est une classe d’école ? Les dessins sur le mur en témoignent. Les bureaux s’ennuient : ils attendent les élèves.

Au début, on n’ose pas encore entrer dans un contact plus tactile avec la pièce et ses objets. Les doigts sont gourds, timides. Les mains cherchent les poches. Ou bien les bras se croisent. On rentre un peu les épaules. C’est encore un territoire étranger. C’est en retrait que l’on goûte cette nouvelle pièce, du bout des lèvres.

Parfois, quelqu’un nous escorte. Un guide. Le contraste est encore plus fort. Lui connaît le lieu. Il détient les clés. Il est à l’aise. On reste dans son sillage. Docile. Comme un enfant que l’on tiendrait par la main.

Mais à force d’y revenir, on devient le guide. Chaque passage est une nouvelle touche de pinceau. Touche après touche, la toile devient notre. Désormais les repères sont rassurants. Nos repères. On hume encore mais ce n’est plus que pour vérifier. On expire alors en esquissant un sourire. La main se pose sur le premier objet à portée, même poussiéreux, même sale. Cela tient de la caresse : on est chez soi.

 

Fulcrum

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Publié dans Poésie

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