Lecture - Comment chier dans les bois (02)
Haut perché sur un escarpement poussiéreux face au camp, un homme que nous appellerons donc Henry, après avoir grimpé là et s'être caché derrière le buisson qui lui semblait le plus idéal des camouflages, commence à s'accroupir précautionneusement. Loin en dessous, juste sortis de leurs duvets, trois coureurs de rivières troublent à peine la quiétude profonde du canyon envahi des premières lumières. Ils s'activent, en farfouillant dans les sacs, en cassant des œufs, en arrachant des branchages et en renversant le pot de café. A travers le feuillage, notre homme observe les préparatifs du petit-déjeuner pendant qu'il termine sa propre mission matinale. Ronde et ferme, sa commission tombe finalement au sol. Encouragée par une légère gravité, elle roule doucement entre les deux grosses chaussures d'Henry, trouvant sa voie en direction du maigre tronc du buisson idéal, et là, n'en faisant plus qu'à sa tête, s'élance dans l'espace comme un skieur de sa porte de départ. Vous pouvez distinguer la colonne de poussière d'un camion sur une piste bien après avoir perdu de vue le camion lui-même. Tandis que l'objet de bien des efforts disparaît dans la pente, Henry, les yeux écarquillés d'impuissance, suit ainsi la trace insolente d'un nuage du même genre <lue celui du camion... quoique de moindre dimension. Zigzaguant entre les fortes anfractuosités, l'objet semble investi des pouvoirs d'une bille de flipper enfin libre de son cadre. Augmentant sa vélocité, générant sa propre petite avalanche, il roule et tangue, projetant au-dessus de lui sable et terre... Il dévale la colline à grande vitesse, avant de finir dans un ralenti mortel, de la même essence que ceux qui semblent précéder l’avènement de tout véritable désastre. Dans un dernier rebond, à deux doigts d’accéder aux promesses d’orbites célestes, cette boule folle et libre (poursuivie d’un arc de débris) s’immobilise, dans un dernier bruit mat et une légère pluie de graviers, à moins de